ZenPro 580 électrique dans une réserve italienne | Volta | Volta Yachts
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Électrique en mer : comment un semi-rigide français patrouille dans la plus ancienne réserve marine d’Italie
27 mai 2026·10 min read·
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Volta Editorial Team
Electric Boating · Sustainability · Marine Technology
Table of Contents
Quand on se demande si les bateaux électriques sont prêts pour des usages professionnels réels, et pas seulement pour des sorties tranquilles sur lac ou des balades portuaires, la réponse navigue aujourd’hui au large de la Sicile.
Le seizième exemplaire du ZenPro 580, un semi-rigide 100 % électrique construit par le chantier naval français BAB Boat, a été livré à l’Aire marine protégée d’Ustica, la plus ancienne réserve marine d’Italie, où il est désormais utilisé chaque jour pour des patrouilles de surveillance et de suivi environnemental.
Ce n’est pas un prototype. Ce n’est pas un programme pilote. C’est un bateau électrique conçu pour un usage professionnel, chargé d’une mission exigeante dans l’une des zones marines les plus sensibles de Méditerranée.
Ustica : la mer avant tout
Pour comprendre pourquoi c’est important, il faut d’abord regarder Ustica de plus près.
Petite île volcanique située à 36 milles nautiques au nord-ouest de Palerme, Ustica compte moins de 1 300 résidents permanents et abrite l’un des écosystèmes marins les plus riches de toute la Méditerranée. Ses eaux accueillent des herbiers de Posidonia oceanica, le bivalve Pinna nobilis, en danger critique d’extinction, des tortues marines, des dauphins, des mérous, des thons, des barracudas et plus d’une dizaine d’espèces protégées.
En 1986, ce ne sont pas des groupes de pression environnementaux ni des régulateurs publics qui ont demandé la création d’une réserve marine, mais les pêcheurs d’Ustica eux-mêmes, afin de protéger la mer dont ils dépendaient. Le résultat fut la première Aire marine protégée (AMP) d’Italie, créée par décret ministériel la même année.
Aujourd’hui, la réserve couvre plus de 15 000 hectares et se divise en trois zones aux règles de plus en plus strictes. La zone A est une réserve intégrale où toute navigation, tout mouillage et toute pêche sont interdits. La zone B est une réserve générale où la navigation de plaisance est autorisée, mais où la pêche et toute extraction de vie marine sont interdites. La zone C est une réserve partielle où la navigation et le mouillage sont autorisés, et où la pêche commerciale est réservée aux pêcheurs locaux disposant d’une autorisation.
À cela s’ajoute une mesure très concrète : chaque mois d’août, les non-résidents ne peuvent même pas embarquer de véhicules à moteur vers l’île par ferry. Ustica prend la protection de son territoire au sérieux.
C’est précisément dans ce contexte, règles strictes, eaux sensibles et usage professionnel quotidien, que le ZenPro 580 électrique démontre sa pertinence.
Le ZenPro 580 est un semi-rigide à coque aluminium de 5,80 mètres, conçu dès le départ comme bateau de travail professionnel à propulsion 100 % électrique. Ce n’est pas un bateau thermique converti avec une batterie ajoutée après coup. Il a été pensé pour l’électrique dès le premier jour.
En termes de spécifications, il est propulsé par un moteur hors-bord Torqeedo Deep Blue de 50 kW et une batterie lithium-ion de 42 kWh. Il atteint une vitesse maximale de 24 nœuds, dispose d'une autonomie allant jusqu'à 12 heures et mesure 5,8m de longueur pour 2,42m de largeur. La charge est effectuée en 12 heures avec un chargeur standard de 3,3 kW (220V monophasé). La charge rapide est également disponible. À partir de 128 500 €. Voir les spécifications complètes et demander des informations →
Ce n’est pas un jouet. C’est un véritable outil opérationnel.
Le moteur Torqeedo Deep Blue, codéveloppé avec BMW, repose sur la même plateforme technologique que celle utilisée pour les voitures électriques BMW. Il intègre 260 paramètres de surveillance, une gestion permanente de la batterie dans tous les modes (charge, décharge et stockage), ainsi que des systèmes d’évacuation des gaz en cas de défaillance d’une cellule. En clair, il est conçu selon les standards de l’industrie automobile.
Pourquoi l’électrique a du sens ici, et ailleurs
L’équipe d’Ustica n’a pas choisi l’électrique par idéologie. Elle l’a choisi parce que c’est le bon outil pour la mission.
Le silence est un avantage professionnel. Un bateau de patrouille que l’on n’entend pas est un meilleur bateau de surveillance. Lorsqu’il s’agit d’intervenir face à des infractions aux règles des zones protégées, pêche illégale, mouillage non autorisé, intrusion en zone A, arriver en silence apporte un bénéfice tactique. Aucun grondement de moteur diesel ne prévient les contrevenants avant l’arrivée du bateau.
L’absence d’émissions protège aussi ce que l’on est venu protéger. Patrouiller dans une réserve marine avec un moteur diesel est une contradiction. Le ZenPro 580 ne produit pas de gaz d’échappement, pas d’hydrocarbures, pas de particules dans l’eau. Dans une zone dédiée à la santé des herbiers de posidonie et des espèces protégées, ce n’est pas un détail.
Les coûts d’exploitation sont réels et significatifs. L’électricité est nettement moins chère que le diesel. Le système Torqeedo Deep Blue demande très peu d’entretien par rapport à un moteur thermique : pas de vidange, pas d’injecteurs, pas de système d’échappement à entretenir. Pour un organisme public avec un budget contraint, cet argument compte autant que l’argument environnemental.
La tendance de fond : l’électrique gagne les aires marines protégées
Ustica n’est pas un cas isolé. En Italie, de nombreuses aires marines protégées passent aux bateaux électriques, et la tendance est nette. Miramare, à Trieste, utilise le bateau électrique Fabellina. Les îles Égades, à Favignana, exploitent le patrouilleur électrique Ev-Ita. Capo Testa-Punta Falcone, en Sardaigne, utilise un bateau électrique pour ses gardes chargés de l’environnement et de la faune. Les Cinque Terre font activement évoluer leur flotte, malgré certaines résistances d’opérateurs de charter locaux.
La logique est simple : les zones qui protègent le milieu marin ont une responsabilité, et de plus en plus une incitation réglementaire, à opérer avec des bateaux zéro émission. À mesure que les règles se durcissent dans les eaux européennes, l’accès aux aires marines protégées favorisera de plus en plus les bateaux électriques. Ce n’est pas une hypothèse. C’est déjà en cours.
Questions à Valentin Blanchard, responsable des ventes électriques chez BAB Boat
Nous avons échangé avec Valentin Blanchard, responsable de la gamme électrique chez BAB Boat et personne à l’origine de la vente à Ustica, afin de lui poser les questions qui intéressent le plus nos lecteurs.
« Une fois à bord, ils réalisent qu’ils peuvent utiliser un bateau électrique exactement de la même manière que leurs anciens bateaux à essence. »
Valentin Blanchard, BAB Boat
Volta : Le ZenPro 580 commence à partir de 128 500 €. C’est un investissement important. Comment justifiez-vous ce prix ?
Valentin Blanchard : Oui, c’est un investissement initial important. Cependant, nous mettons toujours en avant la durabilité du système et ses besoins d’entretien très faibles. Cela réduit considérablement les coûts d’exploitation annuels pour les utilisateurs. En y ajoutant le coût plus bas de l’électricité par rapport à l’essence, le coût total de possession devient très compétitif. Pour un usage professionnel, le bateau devient généralement plus économique au bout de cinq à six ans.
Volta : Il s’agit du seizième exemplaire de la série. Qui utilise déjà le ZenPro 580, et pour quels types d’opérations ?
Valentin Blanchard : Le ZenPro 580 a été conçu spécifiquement pour un usage professionnel. C’est une embarcation robuste, construite selon les normes Bureau Veritas, afin d’assurer fiabilité et sécurité dans des opérations exigeantes. La coque a été développée pour minimiser autant que possible la consommation d’énergie, en réduisant l’usage d’électricité tout en limitant l’impact environnemental. Nos premiers clients étaient des ports de plaisance, où le bateau est utilisé quotidiennement pour des opérations à faible vitesse et du remorquage lorsque nécessaire. Dans ce type d’usage, le bateau peut fonctionner toute la journée sans recharge, puis il est simplement branché la nuit. Depuis, les applications se sont élargies à la surveillance, au transport de passagers et même à des activités d’accueil et de restauration. Nous avons actuellement deux unités ZenPro exploitées comme food boats, en quelque sorte des food trucks flottants. Grâce à notre bureau d’architecture navale interne, nous pouvons aussi adapter la plateforme à des besoins opérationnels spécifiques et concrétiser des projets sur mesure.
Volta : Quel a été le facteur clé qui a convaincu la réserve marine d’Ustica de passer à l’électrique ? L’argument environnemental, les coûts d’exploitation ou autre chose ?
Valentin Blanchard : Ustica est une petite île où l’approvisionnement en carburant peut être à la fois complexe et coûteux. Il y avait donc dès le départ une considération pratique forte. Cependant, le principal moteur était l’engagement de long terme de l’île en faveur de la mobilité durable. Ustica expérimente depuis des années des projets de transport électrique, et l’acquisition du ZenPro montre que cette transition peut aussi s’étendre avec succès aux opérations maritimes.
Volta : Une inquiétude revient souvent chez les acheteurs potentiels : l’autonomie, avec la crainte de tomber à court d’énergie en mer. Comment les clients professionnels gèrent-ils l’autonomie en pratique, et une option de charge rapide changerait-elle la donne ?
Valentin Blanchard : Avant de livrer un bateau, nous étudions attentivement son profil de navigation prévu : vitesse de croisière, distance quotidienne, cycles d’exploitation et infrastructure de recharge disponible. À partir de là, nous dimensionnons le système de propulsion en conséquence, en équilibrant trois paramètres clés : puissance du moteur, capacité de la batterie et puissance du chargeur. En pratique, de nombreux opérateurs professionnels utilisent déjà au quotidien des bateaux thermiques qui pourraient être directement remplacés par des bateaux électriques, sans modifier leurs habitudes d’exploitation. La technologie actuelle permet à un grand nombre d’utilisateurs de faire fonctionner leur bateau toute la journée, puis de le recharger la nuit sur des branchements standard de faible puissance. La charge rapide élargit encore ces possibilités. En permettant de récupérer rapidement de l’énergie, elle peut ouvrir de nouveaux profils d’usage et faciliter l’électrification d’autres bateaux.
Volta : Quelle est la chose qui surprend le plus les clients lors de leur première sortie avec un bateau professionnel électrique ?
Valentin Blanchard : De nombreux avantages ont déjà été largement démontrés dans le secteur automobile. Mais d’après notre expérience, ce qui surprend surtout les utilisateurs professionnels, c’est le côté rassurant de l’expérience : une fois à bord, ils réalisent qu’ils peuvent utiliser un bateau électrique exactement de la même manière que leurs anciens bateaux à essence. Le pilotage, le profil de mission et la logique opérationnelle restent familiers; seul le système de propulsion change. Cette continuité immédiate est souvent ce qui les convainc le plus.
Volta : Où voyez-vous le marché des bateaux électriques professionnels dans cinq ans ? Et quel est encore le principal frein pour les acheteurs ?
Valentin Blanchard : Il est toujours difficile de prédire l’avenir avec certitude, mais plusieurs tendances sont déjà très claires. Les événements liés au climat deviennent plus fréquents, et la pression en faveur de la décarbonation augmente régulièrement. La poursuite des progrès technologiques et l’intensification de la concurrence devraient contribuer à réduire le coût des systèmes de propulsion électrique, en abaissant progressivement la barrière de l’investissement initial. On peut aussi s’attendre à ce que davantage de régions restreignent, voire interdisent, l’usage des moteurs thermiques, ce qui poussera progressivement les professionnels vers des solutions électriques. Beaucoup d’opérateurs anticipent déjà cette transition aujourd’hui.
Nous avons contacté l’équipe de l’Aire marine protégée d’Ustica afin de savoir comment le ZenPro 580 se comporte sur le terrain. Nous mettrons cet article à jour dès leur retour.
Ce que cela signifie pour vous
Si vous découvrez les bateaux électriques, l’histoire d’Ustica mérite d’être retenue, non pas parce que vous envisagez de patrouiller dans une réserve marine, mais parce qu’elle dit quelque chose d’important sur la technologie.
Le ZenPro 580 d’Ustica fonctionne tous les jours, en eau salée, dans un contexte professionnel exigeant, dans l’une des zones les plus sensibles d’Italie sur le plan environnemental. Il n’a pas été choisi par enthousiasme pour une nouvelle technologie, mais parce qu’il était le meilleur outil pour la mission.
C’est cette confiance discrète que le monde du nautisme électrique construit progressivement. De vrais bateaux. De vrais usages. De vrais résultats.
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